Après l’agitation de Tokyo et la sérénité de Kyoto, retour sur les routes pour aller découvrir Hiroshima et la presqu’île de Miya-jima, située à une heure de train et 15 minutes de ferry de celle-ci.

Aller ou ne pas aller à Hiroshima ? La question peut se poser tant la visite d’un lieu chargé d’une histoire si violente et tragique peut faire peur et déprimer au cours d’un beau voyage au Japon. Je vous donnerai les arguments qui m’ont fait pencher en faveur de la visite, ainsi qu’un point de vue sur notre visite du Mémorial de la Paix de la ville.

En revanche, aucune hésitation pour aller à Miya-jima, un des lieux les plus magiques du Japon avec ses temples et sa nature !

Un post sous un signe peut être un peu plus grave que d’habitude, mais j’espère qu’il te donnera tout de même envie d’en savoir un peu plus sur le Japon, son histoire et ses merveilles !

Hiroshima

Visiter Hiroshima ou non ?

Hiroshima, c’est bien sûr le lieu de la première attaque nucléaire atomique de l’histoire par les États-Unis sur le Japon, le 6 août 1945 à 8 h 15, heure locale. L’explosion fut équivalente à 15 000 tonnes de TNT, la ville rasée et 75 000 de ses habitants tués sur le coup.

Nous nous sommes beaucoup posé de questions avant d’ajouter Hiroshima à notre voyage déjà bien chargé au Japon. Certains pensaient que comparée à d’autres villes, celle-ci nous prendrait beaucoup de temps pour une étape qui nous flinguerait le moral plus qu’autre chose. Oui, le Japon avait beaucoup souffert à Hiroshima et Nagasaki, mais après tout, ils l’avaient « beaucoup cherchés » pendant la Seconde Guerre Mondiale, n’est-ce pas ?

Je n’étais pas forcément de cette opinion. Je pensais que la ville aurait peu à offrir en termes d’architecture traditionnelle, et pour cause, mais visiter le Mémorial de la Paix est un devoir de mémoire pour se souvenir des ravages de la guerre. J’ai aussi argumenté que puisque nous irions de toute façon à Miya-jima, nous pourrions prendre une journée pour aller voir ce mémorial et voir la vision japonaise, peut être différente de la nôtre, de ces évènements terribles.

Je ne vais pas te mentir, ce moment n’a pas été le plus joyeux du voyage et Hiroshima n’est pas la plus belle des villes que nous ayons visité. Mais il faut reconnaitre le travail de mémoire qui a été fait dans la ville, visible dans le nom de certaines rues (Peace Boulevard), dans les décorations et plaques de la ville et dans son architecture. Beaucoup pensaient au départ que la ville réduite en cendres par la forunaise nucléaire ne pourrait jamais revivre et qu’aucune plante n’y pousserait avant 75 ans… Il faut y aller pour le devoir de mémoire et pour réaliser à quelle point une ville qui revient de si loin et qui aurait pu être consumée par la rage a su se réinventer en véritable « Cité de la Paix » dès 1949. Un vrai rayon d’espoir…

Je recommande aussi d’y aller car visiter un pays ne veut pas dire ne voir que les paillettes et les lumières, il faut aussi regarder parfois vers le côté plus sombre de son histoire pour progresser et faire en sorte que celle-ci ne se reproduise pas, au Japon ou ailleurs.

Nous avons visité la ville sous une pluie battante et un ciel particulièrement noir. Cela a contribué à nous rendre plus graves, moins légers que d’habitude, avant la visite du musée et de son parc.

Le Dôme de Gembaku

Après un ramen pour se donner du courage, notre premier arrêt a été pour le Dôme de Gembaku. Ce bâtiment était à l’origine le Palais d’exposition industrielle de la préfecture. Il s’agit d’un des rares bâtiments situés à l’hypercentre de l’explosion de la bombe (qui a explosé à 130 mètres de là seulement) qui ne s’est pas effondré. Il est depuis maintenu comme un des nombreux symboles de Paix de la ville.

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Le Dôme de Gembaku a survécu à l’explosion de la bombe du 6 août 1945 grâce à a structure en béton et est maintenant sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco. Hiroshima, Japon.

Le dôme a été inscrit au Patrimoine mondial de l’Humanité de l’Unesco en 1996 comme « Monument universel pour l’humanité entière, symbolisant l’espoir d’une paix perpétuelle et l’abolition définitive de toutes les armes nucléaires sur la terre ». On peut rêver…

Le lieu est ouvert sur la rue, au cœur d’un petit parc grillagé et on ne peut bien sûr pas s’en approcher.

Dôme de Gembaku, 1-10 Otemachi, Naka Ward, Hiroshima, 730-0051, Japon

 

Le musée du Mémorial de la Paix d’ Hiroshima

Le mémorial est un très grand musée situé au centre d’un grand  Parc Commémoratif de la Paix où des artistes du monde entiers exposent des œuvres dédiée à cette idée. Malheureusement, la pluie battante nous a empêché de nous promener dans ce grand parc connu pour ses cerisiers, et nous nous sommes rapidement mis au chaud et au sec dans le musée.

Première constatation : Le monde qu’il y avait dans le lieu, avec des cars entiers d’élèves et de groupes japonais venus en apprendre plus sur cette partie de l’histoire de leur pays.  On sent l’intérêt que porte le pays a ne pas oublier et à transmettre les ravages de la guerre et la valeur de la paix aux jeunes générations.

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Au musée du Mémorial de la paix d’ Hiroshima, une maquette montre le bâtiment du dôme de Gembaku avant et après l’explosion de la bombe atomique. Japon.

Le musée est divisé en deux parties :

  • Une aile dédiée à la destruction de la ville et aux ravages de la bombe sur le long terme. En effet, si 75 000 habitants sont morts sur le coup, les conséquences des radiations a porté ce nombre à près de 250 000. Pour donner un sens à ces nombres ahurissants, le musée essaye d’humaniser la tragédie en montrant les photos et en  racontant les histoires de personnes réelles fauchées par la bombe ou de ses conséquences sur les survivants.

 

  • Une aile sur les raisons géopolitiques des bombes d’ Hiroshima et de Nagasaki, en nous retraçant l’évolution de la guerre et des recherches atomiques des États-Unis.  Cette partie nous explique pourquoi ces deux villes ont été choisies plutôt que d’autres, comme Kyoto : Elles étaient des centres militaires stratégiques pour l’armée japonaise. Cette partie parle également de l’évolution de la force atomique dans le monde après la guerre et des efforts internationaux pour maintenir la paix et rendre son utilisation un mauvais souvenir du passé.

 

J’ai noté quelque chose qui m’a interpellé pendant la visite : La population de la première aile mêlait Japonais et touristes, celle de la seconde était composée presque uniquement de touristes occidentaux… Cela m’inquiète un peu car si on ne regarde que les conséquences de la bombe sans se pencher sur le contexte international et sur les efforts de paix, est ce que l’on ne cultive pas la colère et l’envie de revanche ? Mais peut être que cette situation était propre uniquement au jour de ma visite et que j’extrapole un peu trop…

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L’heure et la date précise de l’explosion de la bombe sur Hiroshima le 6 août 1945.

 

En tout cas, une chose est claire après la visite, c’est que peut être que le gouvernement japonais de l’époque « l’avait bien cherché » en refusant de mettre fin à une guerre perdue d’avance, mais les populations d’ Hiroshima et Nagasaki ne méritaient pas une telle horreur. Et c’est tout à leur honneur d’avoir su reconstruire leurs villes et de les dédier à la Paix.

Je veux dire, il semble que les États-Unis ont volontairement épargné Hiroshima et Nagasaki pour mieux évaluer les impacts pendant le bombardement atomique… La guerre est d’une cruauté sans nom et j’aurais pu comprendre que les Japonais soient devenus revanchards, même 80 ans après les faits.

Hiroshima Peace Memorial Museum, 1-2 Nakajimacho, Naka Ward, Hiroshima, 730-0811, Japon

 

Miya-jima

Miya-jima veut dire « île sanctuaire » en japonais. Le terrain est donc considéré comme sacré dans la religion shinto, et il est interdit d’y naître, d’y mourir ou d’y couper des arbres. En conséquence, l’île est recouverte d’une forêt très dense : Des temples, et la nature donc.

On accède à l’île par une petite balade en ferry de 20 minutes environ depuis la gare de Miyajimaguchi. Il est possible de dormir sur l’île dans de beaux hôtels, mais il faut avoir le budget en conséquence vu le standing des lieux. Pour les budgets sérrés, il vaut donc mieux dormir à Hiroshima ou à proximité, et prendre un train le matin pour rejoindre le ferry.

La spécialité de l’île, c’est l’huitre chaude qui se vend dans des petits stands qui la cuise devant le client. J’ai déjà du mal avec les huitres froides alors j’avoue ne pas avoir eu le courage de goûter cette spécialité locale…

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Cette huitre se mange chaude ! Oui, chaude…. Avis aux amateurs.

Le point daim sur Miya-jima

L’île est aussi peuplée par de nombreux daims, considérés comme les messagers des dieux, qui se baladent sur l’île et dont le grand sport consiste à harceler toute personne ayant de la nourriture ou quelque chose qui y ressemble, dans les mains. Et ils peuvent être très, très insistants. Pas farouches du tout donc !

Tu les verras donc un peu partout sur l’île, au gré de tes promenades. Il faut garder en tête que ce sont des animaux sauvages, mais certains te laisseront leur faire des câlins sans problème. À toi de voir si tu en as envie.

 

Les temples de Miya-jima, et mon plus grand regret du voyage

À quelques centaines de mètres de l’embarcadère du ferry, tu trouveras un ensemble de temples magnifiques sur ou à proximité de la mer.

Le plus beau et le plus connu est l’Itsukushima-jinja, temple shinto posé sur la mer dont  l’aspect change en fonction de la marée et du soleil. Il ne faut donc pas hésiter à te renseigner sur l’horaire des marées avant de venir pour optimiser ta visite.

 

Ce temple est vraiment magnifique et quand nous sommes venus, des mariés en tenues traditionnelles japonaises étaient là pour une séance photo de mariage magistrale. Deux choses pourtant jouaient en leur défaveur : Le temps plutôt gris, malgré quelques éclaircies, ce jour là et…

Tout d’abord, il faut savoir que Miya-jima en général et ce temple en particulier sont très connus pour cet immense portique rouge-orangé posé sur la mer. L’image est souvent utilisée en page de couverture des guides touristiques du Japon. Autant vous dire que c’est leur tout Eiffel !

Je me faisais donc une joie de voir et photographier cette magnifique porte sur la mer !

Et là, le drame : Le torii était en rénovation sous un énorme échafaudage par dessus lequel une grosse bâche était placée. Oh rage, oh désespoir ! Oh rénovation ennemie !

Les pauvres mariés posaient donc sur fond de bâche géante pour leurs photos de mariage. Avec un peu de chance, leur photographe modifiera les photos pour y remettre le torii dans sa grandeur habituelle…

Le grand regret du voyage donc, mais j’espère bien revenir au Japon un jour pour me rattrapper !

 

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Je n’ai donc pas pris cette photo du torii, qui était en rénovation quand je suis venue, mais je voulais quand même que tu puisses voir à quoi cela ressemble dans toute sa splendeur. Photo par Nicki Eliza Schinow depuis Unsplash

 

Autre très beau temple, le Senjōkaku t’acceuillera sur ses grands tatamis pour une petite séance de méditation avec vue sur la forêt luxuriante de l’île et sur sa baie. Aussi connu sous le nom de « Hall des 1000 tatamis », ce beau sanctuaire shinto datant du 16 ème siècle est moins riche en couleurs que l’Itsukushima-jinja, mais il est moins fréquenté et donc décidemment plus relaxant que celui-ci !

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La vue depuis les tatamis du Senjōkaku

Le lieu offre également une jolie vue sur une pagode chinoise à 5 étages, qui date quand même de 1407 ! On ne peut que l’admirer de l’extérieur car son entrée est interdite au public…

 

Le Mont Misen

Après une balade relaxante au niveau de la mer, il est temps de commencer un peu l’exercice de la journée pour évacuer les calories liées aux huitres chaudes et autres spécialités de Miya-jima. Le Mont Misen, dont le sommet offre une vue incroyable sur la baie d’Hiroshima, est donc parfait pour cette entreprise !

Les courageux et les sportifs opteront pour la montée à pieds en 3h de grimpette intense. Les autres, comme nous, prendront les deux téléphériques qui permettent de grimper tranquillement les 2/3 du trajet sans s’essoufler.

Une fois à l’observatoire du téléphérique, on a déjà un belle vue partielle sur la baie, mais il faudra continuer la montée à pieds pendant une demi-heure pour arriver à l’observatoire du sommet et tout voir à 360 degrés . Quand le soleil est là, cette vue est incroyablement belle…

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La vue sur la baie d’ Hiroshima depuis le sommet du Mont Misen.

L’endroit est aussi connu pour ses Sept Merveilles du Mont Misen : 

  • le Feu Éternel : un feu que le maître a allumé et qui n’a cessé de brûler durant mille ans ; Les amoureux viennent y allumer une bougie pour que leur amour dure autant…
  • le prunier du Bâton de Prière : quand le maître a laissé son bâton de prière, des racines sont apparues et un arbre a grandi ;
  • le rocher de la Marée : l’eau salée à l’intérieur du trou d’un rocher monte et redescend selon la marée ;
  • le rocher Mandala : des écritures gravées sur un rocher grâce au talent calligraphique du maître ;
  • le son des Battants de bois : un bruit non localisable qui viendrait des battants d’un lutin qui vit au Mont Misen ;
  • le cerisier de la Rosée : même les jours ensoleillés, on peut y voir la rosée comme s’il avait plu ;
  • le cèdre du Feu du Dragon : un arbre au sommet du Mont qui observe les mystérieuses boules de feu (appelées « le Feu du Dragon ») qui apparaissent sur la mer entourant Miyajima.

 

J’avoue ne pas avoir trouvé toutes les merveilles sur le chemin, mais j’ai trouvé une collection de petits bouddhas déguisés par les touristes et pèlerins du lieux bien rigolos : Sur le Mont Misen, les nains de jardin ont la classe à Vegas !

Après une montée en téléphérique, la descente à pieds vers le bourg est relativement facile et prend une demi-heure. Enfin, relativement facile quand on est un minimum sportif, ce qui n’est pas tout à fait mon cas. Disons qu’il vaut mieux ne pas aborder cette descente si tu as des problèmes de genoux parce que là, ils vont travailler !

Une fois redescendu, les temples de l’îles sont différents au coucher du soleil et à la marée montante. Tu peux donc retourner les voir pour une autre perspective sur le le lieu, plus sereine car la plupart des visiteurs seront repartis.

Pour conclure

Hiroshima et Miya-jima représentent les points les plus à l’ouest que nous ayons visité au Japon.

Hiroshima, loin de ce que tu pourrais penser, n’est pas une visite déprimante et macabre car la ville a su se reconstruire et propose un vrai message d’espoir. Elle aide aussi à comprendre cette période difficile du Japon moderne. Je recommande donc d’y passer ne serait-ce qu’une demi journée pour visiter le Mémorial de la Paix.

Miya-jima demandera au moins une journée complète mais le voyage en vaudra la chandelle. L’Itsukushima-jinja, ce temple sur pilotis sur la mer est une merveille parfois comparée à notre Mont Saint Michel en France : Les Japonais l’ont d’ailleurs classés parmis les 3 plus belles vues de l’archipel. Prévois de bonnes baskets pour faire le tour des temples et la grimpette du Mont Misen.

Encore une fois, merci à toi si tu m’as lu jusque là ♥

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